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Benjamin André

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Benjamin André

Directeur général de Cozy Cloud - Secteur Start-up

Benjamin André, directeur général de Cozy, spécialiste du cloud personnalisé, nous présente l’entreprise qu’il a cofondée en 2012. L’occasion de revenir avec lui sur les enjeux soulevés par la protection des données personnelles et la nécessité pour les entreprises traditionnelles de réagir face à l’influence toujours plus grande des géants californiens du numérique.

NN : Comment est né Cozy Cloud ? BA : En 2006, j’en ai eu assez de devoir me connecter aux sites internet de mes banques pour récupérer mes informations bancaires. J’ai donc développé mon propre connecteur pour récupérer mes données sur le site des banques et j’ai réalisé qu’il était nécessaire de bâtir un environnement de confiance pour le faire. Surtout ces données devaient figurer sur mon serveur personnel pour pouvoir être croisées avec d’autres : factures, bons de commandes ou de livraison. De fil en aiguille, j’ai commencé à rajouter d’autres services sur ce connecteur et mes proches ont voulu la même chose pour eux. C’est là que j’ai réalisé que d’avoir son environnement numérique à soi, son cloud personnel, avait beaucoup de sens. C’était le point de départ d’une réflexion qui a pas mal évolué depuis en termes de business model.   NN : Justement, quel est ce business model ? BA : Ce que nous proposons aux grands groupes avec qui nous travaillons comme la MAIF, EDF ou La Poste, c’est de gagner en intimité numérique avec leurs clients. Le besoin de transformation digitale pour ces entreprises est directement lié au fait qu’aujourd’hui, les acteurs technologiques californiens, les GAFA (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) ont plus d’intimité numérique avec leurs utilisateurs que les entreprises de l’économie traditionnelle. Par exemple, quand Facebook dépose un brevet sur l’évaluation du risque de crédit bancaire, ce n’est pas parce Mark Zuckerberg est un bon banquier mais parce que les informations présentes sur leur réseau social permettent à Facebook de se faire une meilleure idée de votre risque de crédit. C’est la même chose dans tous les domaines, parce que ces acteurs sont dans votre poche, ils connaissent votre agenda, vos mails, vos centres d’intérêt. Ils sont donc en mesure de venir, avec une pertinence comparable aux acteurs spécialisés, sur les métiers de l’économie prénumérique. Pour réagir, ces acteurs doivent réussir à réunir encore plus de données que les GAFA et pour cela il y a une seule entité légitime pour le faire, c’est l’individu. Ce que nous faisons, c’est outiller l’individu pour qu’il ait son cloud personnel, son espace numérique à lui, sous son contrôle. Une fois sur la plateforme, il peut installer des applications comme sur un Smartphone, à partir d’une marketplace dédiée. Ces applis vont pouvoir accéder à toutes ses données, avec un résultat encore plus pertinent que ce que Google peut proposer. Si vous installez l’application EDF par exemple, elle va croiser ses informations avec vos données bancaires et EDF pourra, par exemple, faire un geste commercial et différer le paiement de 5 jours en cas de découvert. Mais vos informations bancaires ne vont pas pour autant chez EDF, c’est l’algorithme qui va travailler vos données. C’est le service qui vient à la data, et l’information n’apparaît que si l’utilisateur choisit d’adhérer au service.   NN : Qui sont vos utilisateurs actuels ? BA : Pour l’instant nous avons toujours une audience d’early adpoters, mais avec déjà une diversité de profils assez étonnante. En parallèle, nous cherchons à développer un écosystème d’acteurs grands comptes qui vont proposer à leurs clients des instances de cloud personnel. L’enjeu pour ces grands groupes va être de s’organiser face aux GAFA et de ne pas développer des solutions chacun dans son coin. L’exemple que j’aime prendre est celui d’iOS. Quand la technologie est sortie en 2007, les fabricants de Smartphones pouvaient soit développer leur propre OS, soit se regrouper derrière une plateforme commune. Ceux qui ont fait bande à part s’appellent Nokia, BlackBerry et Microsoft, et ça s’est révélé très compliqué pour eux. Ca a beaucoup mieux fonctionné pour Samsung, HTC ou LG qui se sont regroupés sous une plateforme commune. En s’unissant derrière Androïd, en mutualisant l’écosystème applicatif, ils avaient conscience que chaque application, même développée par un concurrent, augmentait la valeur de leurs téléphones. Le challenge est aujourd’hui le même sur le cloud personnel et il y a urgence pour les entreprises prénumériques. Car les grands acteurs californiens ont déjà débarqués dans l’assurance, les transports, l’automobile, l’énergie. Google est opérateur de télécom aux Etats-Unis et Facebook vient d’acquérir le statut d’opérateur bancaire.   NN : Qu’est ce qui les attire dans Cozy Cloud ? BA : Il y a 2 leviers qui font venir les gens vers le cloud personnel. Il y a d’abord et avant tout l’usage. La raison pour laquelle vous adorez l’écosystème Google ou Apple, c’est l’intégration des services qui rend son utilisation fluide. Pour avoir cette fluidité, il faut avoir les données : les mails, les contacts, etc. Ce que nous proposons c’est de récupérer plus de données et donc d’offrir plus de services. Par exemple en liant les factures aux coordonnées bancaires, ou en permettant une recherche transverse sur l’ensemble des informations de l’utilisateur. Le second levier est la protection de la vie privée. Contrôler ce que les autres savent de nous est un enjeu grandissant. Car de plus en plus, la donnée va piloter notre vie. Avec des intelligences artificielles de plus en plus invasives. A l’arrivée, celui qui contrôle les données contrôle les individus. C’est le business model des GAFA et leur but n’est pas uniquement de prévoir mais également d’influencer. Mais les choses bougent, les gens cherchent de plus en plus à défendre leur vie privée. Le régulateur avance également, un certains nombres de dispositifs réglementaires sont en train de se mettre en place. Le droit des individus à contrôler les informations qui les concernent est renforcé, notamment dans la récupération des données. Ce droit de portabilité des données personnelles est en parfaite adéquation avec notre business model.   Propos recueillis par David Rozec, drozec@nomination.fr