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Catherine Candella

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Catherine Candella

Directrice RSE du groupe Up - Secteur Autres services aux entreprises et aux collectivités

Directrice RSE du groupe Up depuis 2013, Catherine Candella nous parle de l’influence de la politique RSE sur la stratégie d’entreprise, de son lien avec la performance économique et de son avenir dans un contexte économique difficile.

NN : Quelles sont vos responsabilités en tant que directrice RSE ?
CC : Je suis le plan d’action stratégique du groupe Up que nous résumons chez nous par la règle des 5 P : profit, personnes, proximité, pilotage et planète. Plus concrètement, je gère le reporting extra-financier de nos résultats RSE pour l’ensemble du groupe. Je dirige, directement avec la Présidente du groupe Up, Catherine Coupet, un projet d’élargissement de nos actions de mécénat et plus largement de l’ensemble des initiatives menées auprès de notre écosystème. Je travaille également sur les achats responsables, sur le projet de lutte contre le réchauffement climatique et sur la maîtrise de notre dépendance énergétique.
 
NN : Quels sont vos interlocuteurs privilégiés au sein du groupe Up ?
CC : Les directeurs généraux de filiales. Je n’ai pas de correspondant RSE attitré car chez nous, la RSE est intégrée à la stratégie de l’entreprise. Elle ne peut donc pas se déléguer, voilà pourquoi je traite en direct avec les dirigeants de filiales. Sur des sujets plus opérationnels, il m’arrive d’animer des communautés, comme celle des collecteurs extra-financiers ou celle des acheteurs.
 
NN : Pourquoi le groupe Up s’est-t-il décidé à créer cette fonction de directeur RSE en 2013 ?
CC : Bien sûr, on pourrait le lier à l’effet de mode autour de la fonction. Malgré tout, il s’agissait chez nous d’une évolution assez naturelle. Nous avons mis en place, dès 2010, la norme ISO 26 000, qui donne les lignes directrices de la responsabilité sociétale. L’étape suivante était d’appliquer cette politique à l’ensemble du groupe. La fonction est née autour de cette question : comment une multinationale présente dans 17 pays peut-elle faire avancer la responsabilité sociétale et environnementale de façon cohérente et adaptée dans chacune de ses filiales ?
 
NN : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de votre action RSE ?
CC : En 2015 nous avons mis en place le projet d’élargissement de notre coopérative qui fait passer notre actionnariat salarié de 16 à 33%, soit 70% des salariés français. Nous sommes une coopérative et ce principe de gouvernance démocratique nous tient à cœur.
Sur la question environnementale, nous travaillons actuellement sur l’extension de la mesure de l’empreinte carbone à l’ensemble de nos filiales pour pouvoir mieux la réduire ensuite.
Je travaille également avec les forces de ventes et le marketing pour présenter nos produits sous ce prisme RSE et intégrer cette règle des 5P à notre discours commercial et marketing. C’est une part importante de mon poste : valoriser notre politique RSE pour en tirer un bénéfice client.
 
NN : Justement comment faite vous le lien entre politique RSE et performances économiques ?
CC : Nous ne pouvons en aucun cas édulcorer la notion de profit. C’est la variable la plus importante des 5 P. Voilà pourquoi d’un pays à l’autre, notre politique RSE doit être adaptée en fonction des objectifs de la filiale.
Il faut également lier RSE et réussite financière dans le discours. Les variables non monétaires parlent peu aux dirigeants d’entreprise. Une baisse de l’empreinte carbone est dure à matérialiser, de la même façon, si je compte en jours de formation ça ne parlera pas à tout le monde. Pour être efficace il faut être capable de chiffrer en euros tous les progrès effectués. Si les politiques RSE se privent de la donnée monétaire, à mon sens, ça ne fonctionnera pas.
Enfin la performance économique d’une entreprise passe par celle de ses collaborateurs. Des employés qui sont fiers de leur entreprise, qui savent ce qu’elle fait, qui participent aux décisions de l’entreprise sont plus motivés et plus investis. En termes de performance économique, la RSE est un atout à ce niveau-là.
 
NN : La RSE est-elle un critère de choix important chez vos clients ?
CC : Nous sommes une entreprise B to B to C. Quand nous sommes face à des entreprises, la RSE est une notion qui leur parle, si on leur explique notre démarche, notre philosophie et nos engagements elles les comprennent. Pour nos utilisateurs de titres, c’est plus compliqué, le lien est moins direct et il est plus difficile de communiquer nos engagements. Nous voulons faire passer nos messages via notre produit et nous cherchons des moyens pour nous rapprocher de nos bénéficiaires.
Après pour ce qui est du poids de la RSE dans la prise de décisions finale, cela varie. Pour les grandes entreprises, c’est une notion qu’elles prennent en compte mais in fine la décision est soit politique, soit basée sur les coûts. Elles doivent faire des consultations, des appels d’offres, elles fonctionnent sur des critères imposés, dans lesquels la RSE occupe une place de plus en plus importante mais où l’offre et le prix pèsent toujours 80%. Ceci dit, si on laisse la RSE de côté, on ne gagne pas non plus, c’est un équilibre à trouver.
Pour les petites entreprises et les ETI c’est très « dirigeants dépendants ». Si le président ou le directeur général est convaincu de l’importance de ces questions, cela fera partie de ses critères de sélection et c’est même un aspect qu’il pourra privilégier sur tout le reste.
 
NN : Comment expliquez-vous l’influence grandissante de la RSE au sein des entreprises ?
CC : Il s’agit de suivre les codes de l’époque. On met parfois le mot RSE sur des pratiques qui existaient au préalable mais qu’il est bon de renommer parce que le marché le demande.
Il y a également la contrainte de la loi qui est de plus en plus forte. Nous devons répondre aux obligations normatives et législatives du Grenelle, des audits énergétiques, de la loi de transition écologique… De plus, si vous visez des grands comptes, qui ont des critères encore plus restrictifs, vous devez également vous adaptez. Vous êtes entre le marteau et l’enclume, contraints soit par la loi, soit par vos clients les plus importants. Donc autant adopter une démarche volontariste et faire de la RSE une démarche voulue et intégrée à la stratégie de l’entreprise.
 
NN : Quel avenir envisagez-vous pour les politiques RSE, est-ce une pratique qui peut résister à la crise ?
CC : Aujourd’hui, notre démarche RSE est complètement intégrée à celle de l’entreprise. Je pense que c’est la bonne solution. Certes, une crise économique impacte tous les budgets hors profit, mais si la politique RSE est intégrée à la stratégie du groupe, ce n’est pas un gadget qui disparaîtra en cas de mauvais résultats.
Par contre, la RSE va peut-être devoir se réinventer. Passer par des coûts indirects. On peut imaginer un système de troc entre entreprises pour s’échanger les bonnes pratiques, se passer des documents. C’est une évolution qui est envisageable : l’économie circulaire appliquée aux politiques RSE.
 
Propos recueillis par David Rozec, drozec@nomination.fr

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